Le port de charge au sein de l’entreprise

Malgré la mécanisation de nombreux processus de travail. Les manutentions manuelles représentent toujours une part importante de l’activité des salariés dans certains secteurs (BTP, aide à la personne, logistique, etc.). Le port de charge ne peut être évité dans de nombreux métiers. Dès lors qu’il ne peut l’être il incombe à l’entreprise la mise en place d’action de prévention pour assurer la sécurité des salariés.

Qu’entend-t-on par port de charge ?

D’après l’article R. 4541-2 du Code du Travail « On entend par manutention manuelle toute opération de transport ou de soutien d’une charge, dont le levage, la pose, la poussée, la traction, le port ou le déplacement, qui exige l’effort physique d’un ou de plusieurs travailleurs. »

Selon l’exposition des salariés les sollicitations varient, et donc les conséquences sur l’organisme aussi. Nous distinguons différents types de manutentions manuelles, ainsi que différentes fréquences d’exposition.

 

Les types et les rythmes de manutention manuelle.

Ce que prévoit la loi ?

Les articles R.4541-1 et R.4541-9 du code du travail, ainsi que la norme AFNOR NF X35-109 et le décret n°92-958 définissent la limite acceptable de port de charge en fonction des caractéristiques des salariés (l’âge, le sexe), ainsi que de la distance à parcourir et des caractéristiques de la tâche. L’employeur doit quant à lui prendre toutes les mesures afin d’éviter le recourt à la manutention manuelle.

D’après le code du travail et la norme AFNOR NF X35-109 les seuils sont les suivants :

 

Les seuils de port de charge selon le code du travail et l'aspect normatif.

Ce type de tableau a l’avantage de donner des indications aux employeurs et salariés, mais n’est clairement pas suffisant dans une démarche de prévention.

La norme NF X35-109 précise d’ailleurs qu’il est indispensable de prendre en compte les autres contraintes éventuelles, telles que :

  • Les caractéristiques de l’environnement de travail (les ambiances thermiques, le sol sur lequel le salarié évolue etc.),
  • Les caractéristiques de la charge (le volume, la présence de poignet ou non etc.)
  • Les caractéristiques organisationnelles (la cadence, les gestes répétitifs etc.)

Plus simplement, porter une charge sur 2 mètres ou sur 10 mètres n’implique pas la même pénibilité, tout comme le porter à une main ou à deux mains. Les coefficients correcteurs indiqués dans la normes NF X35-109, en plus de permettre une analyse plus proche du réel, sont souvent les facteurs sur lesquels nous pouvons agir pour améliorer les conditions de travail.

Conséquences sur la santé

Le port de charge crée une fatigue ainsi que des douleurs entrainant une gêne dans les mouvements. Les salariés deviennent davantage sujets à l’apparition de TMS (Troubles musculo-squelettiques).

La CARSAT Centre Val-de-Loire a publié ses derniers résultats en 2025 concernant l’année de 2024. Au niveau régional les manutentions manuelles sont la 1ère cause d’accidents du travail avec 46,1% des accidents. Plus alarmant encore, d’après l’assurance maladie, les manutentions manuelles représentent 50% des accidents du travail au niveau national.

Ces accidents du travail sont essentiellement des accidents de lombalgie et d’entorse. Ils sont localisés principalement sur les membres supérieurs et inférieurs et au niveau du dos. De plus, de nombreuses maladies professionnelles apparaissent pour les salariés soumis au port de charge. À long terme les salariés peuvent avoir des affections corporelles irréversibles. Parmi les maladies professionnelles 80% d’entre eux souffrent d’affection péri-articulaire.

Les outils d’évaluation

L’INRS a élaboré une méthode d’analyse permettant de repérer et d’analyser les facteurs de risques pour l’appareil locomoteur. Elle s’appuie sur la démarche ergonomique et sur l’aspect normatif. Elle insiste sur le fait que son efficacité repose sur une démarche collective. Vous pouvez néanmoins faire appel à un cabinet extérieur qui analysera l’ensemble d’une situation de travail, et réalisera une étude plus globale.

Les actions de prévention

Comme le stipule le code du travail, l’employeur doit éviter le recours à la manutention manuelle. Pour cela il devra :

  • Favoriser les équipements mécaniques pour limiter le port de charge
  • Réaliser des aménagements organisationnels : mise en place de binôme, entretien des locaux (obstacle, sol lisse etc.)
  • Adapter les contraintes thermiques : maintenir une température adaptée, pour rappel selon la norme NF X35-203/ISO 7730 relative au confort thermique les seuils sont les suivants :
    • dans les bureaux : 20 à 22°C ;
    • dans les ateliers pour une activité physique moyenne : 16 à 18°C ;
    • dans les ateliers pour une activité physique soutenue : 14 à 16°C.
  • Analyser les processus de l’entreprise et les efforts supplémentaires aux port de charge : pousser / tirer ; les cadences ; les gestes répétitifs etc.

Mais surtout, il incombe à l’employeur de former « les travailleurs affectés à des postes comportant des manutentions manuelles présentant des risques notamment dorso-lombaires en raison des caractéristiques de la charge ou des conditions ergonomiques défavorables » selon l’article R. 4541-7 et R. 4541-8 du Code du travail ».

En initiant vos salariés à la PRAP (Prévention des Risques liés à l’Activité Physique), vous les faites participer à l’amélioration de leurs propres conditions de travail afin de réduire les risques.

Nous accompagnons chaque année de nombreuses entreprises sur la problématique de port de charge, à travers des études individuelles, collectives, des sensibilisations et des formations PRAP. Nous accompagnons aussi de plus en plus de structures dans le cadre du FIPU (Fonds d’investissement pour la Prévention de l’Usure professionnelle) qui accompagne les entreprises, tant sur le diagnostic que sur l’investissement dans les aménagements (qu’ils soient d’ordre matériel, organisationnels ou humains).

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FAQ

Le code du travail (article R4541-9) indique une valeur seuil de 55 kg pour les hommes et 25 kg pour les femmes.

Fun fact : selon cet article, les femmes ne sont pas autorisées à transporter des charges supérieures à 40kg avec une brouette, masse de la brouette comprise.

Non, la notion de force nécessaire pour pousser ou tirer une charge dépend d’énormément de facteurs comme la surface de contact avec un support, le type de surface du support, etc.

La force générée par le corps humain peut donc être supérieure ou inférieure à 15kg pour tirer ou pousser cette charge selon ses caractéristiques. D’ailleurs, dans une mesure de tirer-pousser, la force s’exprime en Newtons (N) et non en kg !

L’exemple concret : l’utilisation d’un chariot. Grâce au chariot et à ses caractéristiques, le déplacement d’une charge est facilité car l’action de pousser, dans le cas de l’utilisation d’un chariot, réduit la force générée pour mettre en mouvement la charge.

Oui et… non ! Dans notre approche situationnelle de l’ergonomie, il est nécessaire de prendre en compte différents facteurs pour juger de l’impact physique du port de charge : distance de déplacement, forme de la charge, hauteur de préhension et de dépose, etc.

Ces facteurs vont influencer l’impact de l’action de porter la charge sur le corps. Une même charge de 25 kg n’aura pas les mêmes conséquences sur le corps selon ces paramètres.
La norme NF X 35-109 prévoit d’ailleurs une modification des valeurs seuil selon les conditions réelles de l’activité.

Vis-à-vis de ce que nous avons évoqué précédemment, cette phrase n’a pas trop de sens… nous devons privilégier la compréhension de l’activité pour déterminer les facteurs générant davantage de contraintes physiques, pour trouver des solutions matérielles et organisationnelles permettant d’adapter le travail à l’Homme (article L4121-2 du code du travail), et non l’inverse !

En bref : la formation sert de base, mais ne se substitue pas à l’analyse de l’activité a visée d’évolution des moyens techniques et matériels pour limiter la contrainte physique.